Le nouveau centre de création 1535°C à Differdange vise le développement d’un centre de créativité appliquée (« Creativity Hub ») stimulant le déploiement combiné de la créativité artistique, de l’innovation et de l’entrepreneuriat des industries. Il souhaite favoriser la cohabitation entre industries créatives, ateliers d’artistes et espaces de co-working. Pour mieux comprendre son concept et son fonctionnement nous avons rencontré Tania Brugnoni, Project Director, Administration and Management.

Quelle est la fonction du 1535°C ?
Le 1535°C est une plateforme de création physique qui s’adresse à tous les créatifs, dont les industries créatives, les artistes, les architectes. C’est la première plateforme de ce type, pour les acteurs des industries créatives n’ayant jamais eu de lieu de création où se regrouper. Le 1535°C souhaite favoriser la créativité dans les processus de travail, la création d’objets et de concepts. Il est ouvert à tous, résidents ou non, aux créatifs externes, qui souhaitent échanger et proposer des idées innovantes et de qualité.

En quoi la cohabitation favorise-t-elle les performances individuelles et collectives ?
Le 1535°C est construit comme un village communautaire avec ses maisons et ses rues. Si un résident a besoin de quelque chose, il lui suffit de toquer chez le voisin ! Les résidents sont solidaires les uns des autres et s’entraident. L’architecture des espaces permet ces échanges : un artiste peut échanger avec un photographe dans un cadre propice à l’interaction et à l’énergie positive. Chacun doit faire preuve de compétences humaines ici. Je constate que « les villageois » ont de l’empathie et sont heureux de pouvoir s’approprier ces libertés !

Quelle a été la pensée derrière l’aménagement des espaces communautaires ?
Le 1535°C est parti d’une utopie qui s’est finalement très bien appliquée à la société luxembourgeoise et à ses besoins spécifiques. Du virtuel nous avons réussi à créer une ambiance positive, permis le dialogue, l’ouverture et l’écoute. Architectes et créatifs ont mené une réflexion en amont sur la psychologie des espaces de travail. Parmi les critères retenus : la protection du patrimoine, car ce sont d’anciens bâtiments de l’Arbed reconvertis, la création d’endroits propices aux interactions et aux rencontres, mais aussi l’emploi d’une architecture non agressive.

Quelles sont les composantes qui favorisent la créativité et qui pourraient selon vous s’appliquer à d’autres modèles organisationnels d’entreprises ?
Le temps de la réflexion et l’espace. Le monde tourne à une vitesse accélérée, avoir le temps de bien faire les choses, c’est avoir moins de pression. Cette liberté permet la créativité. C’est l’antithèse de la production effrénée de l’économie capitaliste néolibérale. Dans la branche des industries créatives, cette logique de production est un frein à la créativité. D’autre part, les espaces du 1535°C sont extrêmement propices à la réflexion grâce à leur hauteur sous plafond et à leur esthétique minimaliste. Car moins d’enfermement il y a, plus il est possible d’extérioriser ses pensées et d’exprimer sa créativité.

Qu’est-ce que le 1535°C offre dans son fonctionnement pour favoriser la liberté de créativité ?
Le 1535°C a matérialisé quelque chose de différent car il replace l’individu au centre des activités, en donnant la possibilité aux entreprises en résidence et aux locataires d’accéder 24/24 et 7/7 aux espaces communs de travail. Cela leur permet de se redynamiser, de partager leurs connaissances et leurs expériences librement et à n’importe quel moment sans aucune pression. À l’inverse, dans de nombreuses entreprises, tout est pensé pour que l’employé produise plus et pour le faire rester moins longtemps dans des espaces de détente et de récréation. En installant par exemple des tabourets peu confortables et des tables hautes dans les cantines. On ne s’y attarde pas pour déjeuner…et on retourne rapidement travailler !

Pouvez-vous développer cette dualité entre productivité et créativité ?
Le travail de masse ne fait pas toujours la qualité, c’est bien connu. L’esprit créatif se donne la liberté de prendre le temps de créer et cela lui permet de voir le monde différemment, de revoir les processus et de les simplifier. Cela s’apparente au travail du designer. Je pense d’ailleurs qu’il faudrait davantage propager la culture du design. Dans les pays scandinaves on l’enseigne à l’école. Je suis très inspirée par le design thinking, car il permet de simplifier et d’améliorer les processus de travail et les méthodes de management. Le design est une affaire de responsabilités : éco-responsabilité et économie de moyens. Il favorise aussi le travail d’équipe, l’entrepreneuriat et l’affirmation de la créativité.

Pensez-vous que le modèle 1535°C pour les industries créatives permet d’être aussi productif qu’un autre ?
Pour fonctionner, une entreprise doit être rentable, mais elle peut l’être de manière plus ou moins saine. Les industries créatives peuvent l’être tout autant en replaçant l’humain au centre. Voilà deux modèles à suivre ou pas, mais tout reste une question de bon sens. Il s’agit de trouver le bon équilibre, de donner un cadre, une mesure et une sensibilité adaptés pour que le tout fonctionne. Dans les entreprises créatives d’une dizaine de personnes, tout le monde doit se sentir responsable pour que les « affaires » tournent. Il ne s’agit pas juste d’« exécuter le travail ». Dans de plus grandes structures, je constate que les employés sont motivés par l’orgueil et les enjeux personnels, pour qu’ils s’engagent davantage et s’identifient aux valeurs de l’entreprise. Or, cela répond toujours à une logique de production, dans le but de créer de la valeur, de réduire l’absentéisme et les jours de congés. C’est dans l’air du temps pour les dieux de la consommation.

Comment faîtes-vous pour assurer une bonne osmose entre les résidents du 1535°C ?
La sélection des locataires est à la base de tout, comme dans les entreprises pour le recrutement des employés. Souvent les gens sont très compétents, mais humainement cela ne fonctionne pas. Le 1535°C ne s’adresse pas aux entreprises en quête de faire des économies avec des tarifs de location avantageux. Ici il faut s’impliquer personnellement et échanger pour alimenter le dynamisme positif au quotidien. Un locataire mal choisi pourrait avoir une influence négative sur l’atmosphère. Je crois au dialogue pour résoudre les problèmes et beaucoup de décisions sont prises ensemble.

La communication collective est donc très importante pour que cela fonctionne ?
Oui, au 1535°C nous laissons une grande liberté à la critique constructive. Les problèmes communs sont réglés par la collectivité, tout comme les propositions d’améliorations. Il peut s’agir de questions de vie commune, comme de devoir agrandir la boîte aux lettres ou de remettre les affaires communes au bon endroit. Humainement, il doit donc y avoir une bonne entente. Contrairement à d’autres grandes entreprises où les employés sont volontairement séparés entre services car trop de communication dérange. La direction et le management ont peur du dynamisme incontrôlé qui pourrait se développer. Cela se traduit par la peur de l’inconnu.

Pouvez-vous donner un exemple de décisions prises en commun ?
Nous avons trois salles de réunion dont chacun peut profiter. Pour les réserver, une entreprise résidente spécialisée dans l’IT a proposé de mettre en place un calendrier online synchronisé. Une autre a proposé un concept de « co-design » où chaque résident qui le souhaite peut mettre à disposition son mobilier, des tasses pour la cuisine, des livres pour la bibliothèque, des étagères de rangement. Ce sont des nouvelles façons de voir les choses, d’être responsable et de ne pas tout jeter. Nous fonctionnons comme une grande famille, même si chacun a sa maison. Le règlement interne se fait presque naturellement. Plus on pose de règles, plus il y a des tentatives de contournement, ce qui devient contre-productif.

Quelles sont les valeurs du 1535°C ?
Le partage des connaissances, de l’espace, de la créativité, des intérêts communs pour la culture, l’artisanat, l’art… Nous partageons le souhait de redonner de l’importance à l’humain.

Et votre ambition ?
Notre ambition est de devenir le centre de gravité des industries créatives luxembourgeoises, mais aussi un point de rencontre pour les gens issus du domaine de l’innovation et de la culture.

1535° C – Creativity Hub

Aussi appelé « centre de créativité appliquée  », il est financé par la Ville de Differdange et a fait l’objet d’une reconversion d’anciens bâtiments de l’Arbed.

2013

Début des travaux

6.500.00

Budget des travaux (première vague)

19/09/2014

Ouverture des portes 1ère phase (toujours en travaux)

16.000 m2

Surface site (sur 3 bâtiments)

40

Entreprises locataires

150

Employés

40

Espaces de création (ateliers)

1

Espace de co-working 60 places (ouvrira en 2015)

1

Studio photo

1

Brasserie

1

Espace événements

6€ / m2

Tarifs des locations (+ charges)

En 2018 le Creativity Hub aboutira à 16.000 m2 dédiés à la création. Des espaces seront dédiés à l’industrie musicale.

Interview par Didier Damiani, Communication Consultant @ MindForest Group (8 janvier 2015).