Comment mieux vivre ses émotions en entreprise ?

Parler d’émotions dans le monde du travail est parfois assimilé à une forme de faiblesse. Pourtant, nous vivons tout au long de la journée une multitude d’émotions, parfois sans même nous en rendre compte.

Face aux incertitudes liées à la crise du Covid-19 et à la fatigue accumulée, il est bénéfique de comprendre le rôle des émotions, leur fonctionnement et de découvrir comment mieux les vivre au quotidien.

LES ÉMOTIONS : MOTEUR DE NOS ACTIONS

Pour commencer à comprendre ce qu’est une émotion, penchons-nous sur son étymologie. Le terme « émotion » vient du latin « motio » qui signifie le mouvement, l’impulsion, nous ramenant alors à l’objectif premier de nos émotions : nous faire agir[1].

Par exemple, avoir peur nous permet de concentrer tous nos sens et notre énergie pour nous protéger de l’élément qui nous effraye, que ce soit par l’attaque ou la fuite (réflexe « fight or flight »). Tout comme le dégoût nous protège de l’empoisonnement.

Chaque être humain éprouve une palette d’émotions communes, quel que soit son pays d’origine, sa langue ou sa culture, que Paul Ekman (psychologue américain)[2] nomme émotions universelles :

  • La colère
  • Le dégoût
  • La joie
  • La peur
  • La surprise
  • La tristesse

Ces émotions ont permis la survie de l‘espèce humaine au cours de l’évolution.

Bien que nous ne croisions pas un mammouth tous les matins, provoquant une peur panique de finir écrasé, nos émotions continuent de guider nos actions au quotidien, au travail ou dans notre vie personnelle.

Celles-ci nous servent à nous adapter aux situations rencontrées, mais peuvent parfois nous submerger et devenir gênantes au quotidien.

Imaginez : un collègue indélicat vous met en colère et votre pause de midi est gâchée, ou une présentation orale devant votre N+1 vous tétanise de stress et vous en perdez votre latin.

N’avez-vous jamais souhaité stopper l’apparition d’une émotion ? Mais est-ce réellement possible ?

NOS ÉMOTIONS ÉMERGENT PLUS VITE QUE NOS PENSÉES

Dans le monde du travail, il est possible d’entendre des phrases comme :

  • “Maîtrise tes émotions”
  • “Il n’y pas de quoi être satisfait…”
  • ou encore “Il n’y a aucune raison d’avoir peur !”.

Ces injonctions pourraient sous-entendre que l‘on peut agir contre l’émergence d‘une émotion : c’est scientifiquement impossible.

En effet, les études en neurosciences montrent que l’émergence d’une émotion dans notre cerveau prend moins de 3 dixièmes de seconde (soit 0,3 seconde). En revanche, la perception consciente de cette émotion survient plus tard, entre 0,5 et 1 seconde[3]. Cela signifie que nous ressentons de la peur par exemple, avant même d’avoir conscience que nous avons peur. Il est donc biologiquement impossible de “s’empêcher” d’avoir peur.

S‘il est impossible de contrôler l’apparition d’une émotion, nous pouvons en revanche agir sur nos pensées et les actions conscientes qui en découlent.

QUELQUES MÉTHODES POUR MIEUX VIVRE NOS ÉMOTIONS ET AGIR SUR NOS PENSÉES

1. Les identifier et les accepter

Accepter une émotion permet à notre cerveau de ne pas rester bloqué dans un ressenti et donc de pouvoir agir sur nos pensées. Si de prime à bord, une pensée négative émerge, il est toujours possible de l’identifier, de l’accepter puis de s’en détacher.

Prenons un exemple, votre directeur vous donne une mission qui vous semble difficile, vous pensez alors à “Je ne suis pas au niveau, je n’y arriverai jamais”.

  1. Décrivez ce que vous ressentez : “j’ai de l’appréhension, je doute de mes capacités”
  2. Acceptez cet état : “je n’ai pas choisi de ressentir ces émotions, mais c’est un fait : je les ressens”
  3. Essayez de prendre de la hauteur, de vous détacher de ces émotions : en vous rappelant que vos pensées ne sont pas la réalité mais un reflet ou une interprétation de la réalité.

Il est inutile de s’entêter à combattre une émotion que l’on ressent. Accepter son ressenti et prendre de la distance avec ses pensées permet de les clarifier et d’éviter les ruminations.

2. Les exprimer pour éviter la fatigue émotionnelle

Dire “oui” à un responsable qui vous demande un “dernier petit truc” à faire à 18h, s’obliger à rire à une blague vaseuse d’un collègue, ou encore masquer sa déception face au refus de sa semaine de congés car vous êtes le dernier arrivant, sont des situations assez courantes dans le monde de l’entreprise.

Les collaborateurs ont l’habitude de ne pas exprimer leurs émotions, voire d’exprimer des émotions contraires à celles ressenties, pour répondre à certaines normes et croyances tacites en entreprise.

Pour autant, sur le long terme, aller à l’encontre de nos ressentis et les masquer conduit à une fatigue émotionnelle[4].

Pour mieux vivre ses émotions, il est donc nécessaire de les exprimer. Pour cela, il vous est tout à fait possible d’envoyer votre bloc note à la tête de votre collègue ou de lui raccrocher au nez si vous êtes en profond désaccord avec lui. En revanche, nous ne sommes pas sûr que le message que vous souhaitiez faire passer soit reçu et compris par votre interlocuteur…

Marshall Rosenberg, psychologue américain et créateur du concept de “Communication Non Violente” propose une méthode pour exprimer son ressenti à autrui, sans lui nuire et en facilitant son écoute active.

Il l’a nommé la méthode OSBD[5] pour :

  • Observation : ce que j’observe d’une situation – exemple : “je vois que tous les collègues du service sont soumis à une forte pression due à la clôture des comptes”
  • Sentiment : ce que je ressens – exemple : “je ressens une tension forte, particulièrement entre nous deux, et cette tension me pèse au quotidien”
  • Besoin : ce dont j’ai besoin – exemple : “j’aurais besoin que l’on retrouve une relation plus apaisée”
  • Demande : ce que je demande – exemple : “pour cela, je te propose que l’on discute de ce sujet et de ce que l’on peut faire pour améliorer la situation à 18h après la réunion – est-ce que cela te convient ?”

En adoptant cette approche, vous maximisez vos chances que votre interlocuteur comprenne votre ressenti et votre problématique sans le blesser.

Marshall Rosenberg encourage également à l’utilisation du “je” et non du “tu”, pour s’engager à titre personnel et ne pas prêter à l’autre une intention négative.

3. Utiliser l’imagerie mentale positive

Imaginez, votre client de longue date vient de vous “lâcher”. Vous ne comprenez pas son attitude, vous n’aviez observé aucun signe avant-coureur. Vous êtes complètement abasourdi, déçu et démotivé. Cela tombe mal, car dans 5 minutes vous avez une réunion très importante avec votre responsable.

Pas de panique : prenez une grande respiration et visualisez un moment/endroit de votre vie particulièrement plaisant et dans lequel vous vous sentez bien et serein. Essayez de vous immerger complètement dans ce moment et de vous représenter le plus de détails et de sensations agréables possibles, comme le bruit des vagues, la couleur bleue du ciel, la sensation du sable chaud sous vos pieds, le goût (incroyable) de ce cocktail, la présence de personne qui vous sont chères…

L’imagerie mentale positive est un moyen très puissant pour modifier nos pensées négatives rapidement et reprendre un état d’esprit plus constructif. Il sera nécessaire de passer par les étapes précédentes (identification, acceptation et expression) pour obtenir des effets positifs à plus long terme.

Il existe de nombreuses autres techniques pour appréhender ses émotions. Apprendre à se connaître “soi” et ses mécanismes internes facilitera la gestion de vos émotions et vous permettra d’exploiter votre plein potentiel.

Vous ne pouvez pas arrêter les vagues, mais vous pouvez apprendre à surfer – Joseph Goldstein

[1] https://www.cairn.info/le-partage-social-des-emotions–9782130578543-page-43.htm [accessed March 15, 2021]
[2] https://www.scienceshumaines.com/rencontre-avec-paul-ekman-le-langage-naturel-des-emotions_fr_10961.html [accessed March 15, 2021]
[3] & [5] Les talents cachés de notre cerveau au travail. Bernard Anselem et Emmanuelle Joseph-Daily. Editions EYROLLES (2019)
[4] https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/exprimer-emotions-travail [accessed April 1, 2021]