[Book Review] « Le changement agile : se transformer rapidement et durablement»

« Le changement agile : se transformer rapidement et durablement »

Auteurs : David Autisser et Jean-Michel Moutot – 2015, Editions Dunod

A l’ère du collaboratif et du digital, les approches classiques de conduite du changement, conçues de manière fortement descendante et planifiée, semblent plus que jamais atteindre leurs limites. Une étude récente montre en effet que 66% des personnes qui vivent un changement regrettent de ne pas pouvoir échanger et s’exprimer au sujet des changements qui les concernent[1].

C’est dans ce contexte que le dernier ouvrage de David Autissier et Jean-Michel Moutot[2] invite à repenser la conduite du changement.

Pour un renouvellement des approches dites instrumentales de la conduite du changement

L’approche proposée dans « Le changement agile » considère que le plus important dans un projet de changement est de rechercher le point de bascule où les transformations se réalisent de manière durable.

Pour cela, il est nécessaire de se détacher des principes jugés obsolètes des démarches instrumentales et de privilégier les principes du changement agile.

Principes de la conduite du changement instrumental Principes de la conduite du changement agile
Destination connue Destination co-construite
Sentiment d’urgence Collaboration
Instrumentalisation Expérimentation
Préparation au changement Ancrage

Source : Principes de la conduite du changement agile (Autissier et Moutot, 2015, p.13).

Le premier point de distinction porte sur le principe de l’approche instrumentale selon lequel la finalité et les résultats du changement sont déterminés et connus à l’avance. Dans une logique de changement agile, l’intégralité du plan n’est pas définie au préalable afin de laisser la latitude nécessaire à l’implication des acteurs pour créer les grandes lignes des résultats envisageables.

Le deuxième point concerne la remise en cause de l’urgence au profit du collaboratif. Les contributions séminales de Kanter et Kotter ont régulièrement mis en avant le principe de « burning plateform » visant à présenter le changement comme un impératif de survie. Ce type de discours peut toutefois entraîner une certaine forme de lassitude voire de démobilisation s’il est perçu comme une tentative de manipulation. Par ailleurs, l’urgence dans sa forme exacerbée condamne le temps nécessaire à la compréhension de l’importance et des enjeux du changement. Si les menaces sont généralement bien réelles, les auteurs plaident davantage pour la mise en avant des opportunités de progrès afin de favoriser la mobilisation et la collaboration autour du projet.

Le troisième principe consiste à remplacer l’instrumentalisation par l’expérimentation. Les discours injonctifs sur les risques du statu quo et la communication sur les résultats attendus du projet ne se suffisent pas à eux-mêmes pour mobiliser les collaborateurs. Le changement agile préconise davantage de jouer sur des expériences permettant aux personnes de comprendre, manipuler et se projeter dans le changement.

Enfin, le dernier point de distinction est la remise en cause de la préparation du changement au profit du principe d’ancrage. Selon l’approche du changement agile, ce n’est pas tant sur l’intention de changer qu’il est nécessaire de porter les efforts, que sur l’acte de changement en tant que tel. Celui-ci passe avant tout par l’expérimentation de nouvelles pratiques qui viendront progressivement remplacer les pratiques existantes.

Il s’agit au travers de l’application de ces principes de construire des expériences impliquantes pour développer la capacité à changer dans la durée des individus et de l’organisation.

Le digital au cœur du changement agile

Le digital devient une modalité du changement agile. Autissier et Moutot préconisent en particulier de donner un rôle central aux réseaux sociaux d’entreprise[3] (RSE) comme pivot de co-construction et de diffusion de la démarche.

Plusieurs exemples des possibilités offertes par ce type d’outil en termes de communication, d’interaction et d’implication sont fournis. Les informations peuvent être diffusées par les RSE, ce qui permet de s’inscrire dans une logique de daily management (actions de communication courtes et régulières pour maintenir les collaborateurs dans une dynamique de changement). Les résultats d’ateliers participatifs peuvent aussi être transmis au moyen de RSE en offrant ainsi la possibilité de poursuivre et d’enrichir les échanges initiés. Par ailleurs, différents thèmes comme la communication, le leadership ou encore l’aide au déploiement peuvent être traités en sous-communautés, c’est-à-dire en créant des espaces dédiés mis en place au moyen d’accès différenciés. Enfin, l’organisation d’ateliers digitaux et e-workshops peut faciliter la création d’expériences de changement (par leurs interactions les participants co-construisent l’objet même du changement).

Le recours au digital offre ainsi de nombreuses possibilités pour que le changement ne soit plus vécu comme un événement subi mais une réelle co-construction.

Vers des démarches plus vivantes et percutantes

L’invitation des auteurs à dépasser les démarches traditionnelles d’accompagnement au changement vise aussi à encourager le passage en mode « delivery ». Il s’agit de privilégier l’action et l’expérimentation pour obtenir un résultat plus rapide en se focalisant sur les actes concrets de transformation.

En somme, le changement agile vise à rendre les démarches de conduite de changement plus vivantes et percutantes. Vivantes parce que les parties prenantes sont intégrées dans les expériences du changement qui participent à la construction de celui-ci. Percutantes parce que l’objectif du changement agile est d’aller vite et de laisser la part belle à l’expérimentation.

Michaël Bénédic, Academy of Change

[1] Selon une enquête réalisée par la Chaire Essec du Changement en collaboration avec IPSOS en 2012.

[2] David Autissier est Maître de Conférences HDR à l’IAE Gustave Eiffel et directeur de la chaire ESSEC du Changement. Jean-Michel Moutot est Professeur de Management à Audencia et titulaire de la Chaire ERDF Innovation.

[3] Le lecteur intéressé pourra se référer au book review réalisé par l’Academy of Change sur l’ouvrage « Déployer un réseau social d’entreprise : mettre en place et faire vivre un RSE » de Gilles Balmisse et Denis Meingan, Dunod, 2015.

Références bibliographiques :

Autissier D., Moutot J-M. (2015), Le changement agile, Dunod.

Autissier D., Moutot J-M. (2015), Agir en mode Delivery, Dunod.

Kanter R., Stein B.A., Jick T.D. (1992), The challenge of organizational change : How companies experience it and guide it, Free Press.

Kotter J. (1996), Leading Change, Harvard Business School Press.