Avez-vous le profil « entrepreneur » ?

“Twenty years from now you will be more disappointed by the things you didn’t do than by the ones you did do. So throw off the bowlines. Sail away from the safe harbor. Catch the trade winds in your sails. Explore. Dream. Discover.” – Mark Twain

Certes, quitter un emploi stable pour se lancer dans l’incertitude de sa propre entreprise n’est pas chose aisée. Outre les responsabilités – factures à payer, famille à nourrir, emprunt à rembourser, etc. – qui peuvent rapidement et à juste titre réfréner des ardeurs entrepreneuriales, toutes les personnes sont-elles faites pour l’entrepreneuriat ? Existe-t-il un « profil type » de l’entrepreneur ?

Panorama de l’entrepreneuriat

Avec l’essor d’Internet et la digitalisation, la société de l’information a rendu l’entrepreneuriat bien plus accessible et plus facile, notamment dans le secteur tertiaire. En effet, alors qu’auparavant les entrepreneurs étaient principalement des artisans possédant un savoir-faire technique ou des grandes fortunes investissant leur capital, ceux d’aujourd’hui sont de tous types, de tous domaines d’activités et de tous horizons. Indépendants, salariés (en complément de leur emploi), femmes au foyer, étudiants, etc. tout le monde peut potentiellement créer son affaire !

Et les motivations sont multiples : arrondir les fins de mois, joindre l’utile à l’agréable, avoir une activité rémunérée à plein temps, travailler pour soi sans avoir de patron, réaliser un rêve, etc. Une étude de l’Insee[1] montre que les motivations des créateurs d’entreprises français de 2010 sont : être indépendant (61%), le goût d’entreprendre et le désir d’affronter de nouveaux défis (44 %) et la perspective d’augmenter ses revenus (27%). Par ailleurs, 22% ont saisi une opportunité et 14% avaient déjà une idée de produit ou service.

Graphique 1 : Raisons du démarrage d’une entreprise (OCDE Panorama de l’entrepreneuriat 2015[2])

L’entrepreneuriat favorisé

De nombreux organismes publics, entreprises privées et business angels encouragent l’entrepreneuriat en proposant des aides aux personnes désireuses de se lancer. Ces coups de pouce peuvent prendre différentes formes :

  • Ressources financières : investissement, prêts à taux avantageux, dons.
  • Ressources matérielles : mise à disposition de locaux ou de matériel, prêt de compétences.
  • Networking : conseils, mentoring et mise en relation avec d’autres entrepreneurs.

Par ailleurs, on constate une diminution globale des obstacles à l’entrepreneuriat dans la plupart des pays, entre 2003 et 2013, comme le montre le graphique suivant :

Graphique 2 : Obstacles à l’entrepreneuriat (OCDE Panorama de l’entrepreneuriat 2015[3])

Le « profil » de l’entrepreneur

Si l’âge, l’origine ou encore le secteur d’activité ne semblent pas constituer des éléments distinctifs, les entrepreneurs ont-ils malgré tout des caractéristiques communes ? Une étude menée par Jean-Charles Cachon[4] met en lumière les cinq principaux traits de personnalité d’un entrepreneur :

  1. Création et innovation : Schumpeter définit[5] l’entrepreneur comme « un homme dont les horizons économiques sont vastes et dont l’énergie est suffisante pour bousculer la propension à la routine et réaliser des innovations ». En d’autres termes, l’entrepreneur a tendance à sortir des sentiers battus, à explorer d’autres contextes, à adopter des approches originales et à introduire de nouveaux fonctionnements et produits ou services. L’appât du gain n’est donc pas sa motivation première, puisqu’il cherche avant tout à satisfaire sa créativité et à innover pour rivaliser avec la concurrence.
  2. Besoin d’indépendance : qui dit entrepreneuriat dit travailler à son compte. Le désir d’autonomie est donc le deuxième facteur de base de l’entrepreneuriat, selon Collins et Moore[6]. Si la création de sa propre entreprise implique de facto une certaine perte d’indépendance, – notamment due à l’acquisition de nouvelles responsabilités – ces limites ne remettent pas en cause l’autonomie, dans la mesure où elles ne sont pas imposées par une tierce personne. L’entrepreneur accepte donc les responsabilités individuelles qui vont de pair avec son indépendance.
  3. Besoin d’accomplissement : il s’agit d’une part de l’épanouissement personnel et du sentiment de créer une réelle valeur, et d’autre part de l’atteinte de résultats. L’entrepreneur souhaite accomplir quelque chose. Comptant avant tout sur lui-même, il s’astreint à une obligation de résultat et tire une satisfaction de sa réussite, du succès de ses actions. Pour cela, la persévérance est de mise !
  4. Prise de risques calculés : toute personne qui lance sa propre affaire doit accepter de faire face à l’incertitude et à un certain nombre de risques, tels que l’instabilité de l’emploi, l’irrégularité des revenus, la dépendance du marché, etc. Bien souvent, l’obstacle de la sécurité et de la fameuse zone de confort constitue une bride dont l’entrepreneur parvient à se libérer. Ainsi, il doit démontrer une pleine conscience des risques, être capable de les évaluer et enfin savoir agir en conséquence. D’ailleurs, McClelland[7] considère que l’évaluation et la prise de risques sont les principaux éléments de l’esprit entrepreneurial.
  5. Sentiment de contrôle de son environnement : pour faire simple, l’entrepreneur prend les choses en mains. Il attribue ses résultats à sa propre performance, peut modifier son environnement comme il le souhaite et décide lui-même de l’orientation à donner à son activité.

Ces traits de personnalité regroupent différentes compétences comportementales, listées dans le tableau suivant :

Traits de personnalité Compétences comportementales associées
Création et innovation
  • Créativité, innovation
  • Ouverture d’esprit
  • Proactivité
Besoin d’indépendance
  • Autonomie
  • Prise d’initiative
  • Sens des responsabilités
  • Confiance en soi
Besoin d’accomplissement
  • Persévérance, détermination
  • Exigence d’efficacité et de qualité
  • Auto-gestion, discipline
Prise de risques calculés
  • Prise de décision
  • Fixation d’objectifs
  • Analyse
  • Remise en question
Sentiment de contrôle de son environnement
  • Adaptabilité
  • Organisation, planification
  • Leadership

On note que la plupart de ces soft skills ne sont pas réservées uniquement aux entrepreneurs. Elles sont même de plus en plus prisées par les entreprises[8] qui recherchent des collaborateurs proactifs, innovants et capables d’entreprendre à leur niveau, dans leur périmètre d’action. On peut donc généraliser la notion d’entrepreneur, sans la limiter aux personnes qui possèdent leur propre affaire, et retenir la définition[9] suivante : « Les entrepreneurs possèdent une capacité à détecter des opportunités d’affaire, à traduire ces opportunités en projet et à mobiliser les ressources nécessaires pour mener à bien un projet ».

Ainsi, si plusieurs compétences semblent communes aux entrepreneurs, il n’existe pas de « profil type » à proprement parler. L’entrepreneuriat est avant tout un état d’esprit, une philosophie. Finalement, un entrepreneur peut sommeiller en chacun d’entre nous !

Aliénor Bianchi

Expert in Human Capital Management @ MindForest

[1] http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=sine2010#inter1

[2] http://www.oecd-ilibrary.org/fr/industry-and-services/panorama-de-l-entrepreneuriat_22266968

[3] http://www.oecd-ilibrary.org/fr/industry-and-services/panorama-de-l-entrepreneuriat_22266968

[4] Entrepreneurs : Pourquoi ? Comment ? Quoi ? / Revue du Nouvel-Ontario, numéro 113-14 – Jean-Charles Cachon (1991-92)

[5] Théorie de l’évolution économique – Joseph Schumpeter (1911)

[6] The enterprising man – Collins & Moore (1964)

[7] Characteristics of successful entrepreneurs – David McClelland (1987)

[8] Linkedin – Et si les compétences des jeunes diplômés n’étaient tout simplement pas adaptées ?

[9] L’entrepreneur à l’épreuve de ses compétences : Éléments de construction d’un référentiel en situation d’incubationChristophe Loué, Eric Michael Laviolette et Maria Bonnafous-Boucher (2008)