Comment les espaces de travail redessinent-ils la notion de leadership ?

Comment les espaces de travail redessinent-ils la notion de leadership ?

« I am independent of places and can work developing the company from everywhere, a company that works with photo editing and consists of 25 full-time working employees in the Philippines. I have an office in Norway and one in London and work when I want to. I practice virtual leadership as I communicate on Skype 95% of the time, but I would not have been able to develop confidence with my employees if I had not spent time with them in the Philippines. It is important for me to be around my employees at least once a year. You are not able to develop the same relations with people if you are not with them physically for some time, such as one or two weeks. When I am with my employees, we spend time on just bonding, working together in the office, talking and setting the agenda for the coming month or year. It is important for that relation, important to meet the team and get a mutual understanding. I believe in empowering people, especially because they have to lead themselves most of the time. »

Interview with a young entrepreneurExtrait de Leadership in spaces and places, p.109

Leadership et espaces de travail : une construction mutuelle

Les environnements de travail, physiques ou virtuels sont en pleine mutation, sous l’effet des nouvelles technologies et des nouveaux modes de travail (New ways of working). Désormais, les organisations les plus performantes proposent à leurs salariés une variété de lieux, collectifs ou privatifs, adaptés aux différentes tâches à réaliser : « The key to successful workspaces is to empower individuals by giving them choices that allow control over their work environment.” (Congdon, 2014). Les espaces de travail acquièrent ainsi une dimension stratégique, d’autant plus qu’ils agissent comme des composants majeurs d’une bonne cohérence organisationnelle.

« The degree to which the strategy, work, people, structure and culture of the organization are aligned will determine the organization’s ability to compete and succeed » (Levin, 2005).

Parallèlement, la notion de leadership connaît également des évolutions majeures et de nouveaux challenges, que ce soit en termes de contrôle de l’activité ou encore de l’impact des nouvelles technologies sur les modes de collaboration et de coordination. Des équipes virtuelles apparaissent et avec elles, le « virtual officing ».

Le cas des équipes virtuelles

Une équipe virtuelle peut être définie de la façon suivante : « Virtual or distributed teams are groups of employees, typically knowledge workers with unique skills, who collaborate primarily through electronic means and are dispersed by geography and time » (Aubert and Kelsey, 2003).

Les challenges pour le leader d’une équipe virtuelle sont nombreux : risque de conflits, gestion de la temporalité, difficulté pour créer la confiance mutuelle, risque de communication déficiente et de mauvaises interprétations, différences technologiques qui créent des barrières, etc. La liste n’est pas exhaustive.

Pour réussir leurs objectifs, il est important que les équipes virtuelles se rencontrent physiquement en début de projet. Cela accroit la motivation, favorise le partage d’informations et la conscience de groupe. Les managers qui ne voient pas leurs équipes sur la durée ont en effet tendance à développer un leadership plus formel et détaché.

Les espaces de travail qui favorisent le fonctionnement des équipes virtuelles, comprennent des espaces de socialisation et facilitent la communication à distance.

Vers un « spatial Leadership » ?

Les espaces de travail, physiques ou virtuels, constituent des guides et nous rappellent comment agir, ce que certains chercheurs osent appeler aujourd’hui : leadership. Les travaux menés par l’Université de Tempere évoquent l’idée de « spatial leadership » pour désigner le fait que les espaces de travail imbriquent l’expérience de leadership, qui n’est dès lors plus liée spécifiquement aux compétences d’un leader désigné. Le leadership deviendrait donc une responsabilité collective, intrinsèque aux espaces de travail. Le documentaire réalisé par l’Université de Tempere soutient cette hypothèse et nous invite à porter un regard neuf sur les espaces de travail qui nous entourent :

  Christelle Mescolini, Academy of Change