Nicolas Schmit : « En termes de bien-être, l’Etat doit être un incitateur »

Monsieur Nicolas Schmit, Ministre du Travail et de l’Emploi et de l’Economie sociale et solidaire revient sur la stratégie du pays en matière de sécurité et de santé au travail.

Monsieur le Ministre, quels sont les principaux objectifs du plan national Santé et Sécurité au Travail ?

Il s’agit d’une part de diminuer les cas de reclassement pour cause de maladie professionnelle ; nous avons en effet plus de 4.000 salariés reclassés. Mais aussi d’agir sur le nombre d’accidents du travail. En 2012, 32.600 accidents du travail ont été déclarés, dont 17 mortels, qui pour certains ont eu lieu sur le trajet travail-domicile. Notre objectif est de réduire si possible à zéro les accidents mortels.

Nous souhaitons d’autre part initier une réflexion sur la nature des maladies professionnelles et sur la manière de les prévenir. En 2012, nous en avons recensées 533, bien que certaines comme celles de type musculo-squelettique ne soient pas répertoriées comme maladies professionnelles.

Je regrette d’ailleurs que la Commission européenne ait décidé de retirer le projet de directive à ce sujet. Il s’agit d’un problème très présent dans le monde du travail.

Il ne sera possible de les réduire que si une politique de prévention est mise en oeuvre. Cela fera également partie des nouvelles attributions du Conseil supérieur de la santé et de la sécurité au travail. Ce plan national Santé et Sécurité au Travail devrait être opérationnel en 2015.

A quels acteurs vous adressez-vous ?

Les acteurs principaux sont bien sûr les entreprises. Car le mal-être au travail les concerne au premier chef. Il est également lié à une gestion des ressources humaines et à une organisation du travail mal adaptées. La sensibilisation des collaborateurs et des salariés est également importante : il faut sensibiliser, former, informer ceuxci aux questions de sécurité, mais aussi de santé. C’est donc une approche très globale. Pour cette raison nous ne voulons pas laisser les entreprises seules, mais bien les soutenir et les accompagner.

C’est d’abord le rôle de l ’ ITM et ce sera celui du Conseil supérieur de la santé et de la sécurité au travail. Il est cependant clair que les entreprises doivent avoir une vraie volonté d’agir sur ce terrain.

Je constate que dans un certain nombre d’organisations publiques et privées, les méthodes de gestion des RH laissent beaucoup à désirer et génèrent des situations de mal-être, de stress et de burn-out au travail. Elles génèrent de l’absentéisme et représentent aussi une charge financière énorme pour la Sécurité sociale.

Dans beaucoup d’entreprises, ce sont les chefs et les directeurs des ressources humaines qui sont les principaux responsables des progrès accomplis en leur sein en termes de bien-être, ou a contrario des principaux problèmes de mal-être rencontrés par leurs employés au travail. Il faut donc là aussi les sensibiliser et les former.

Ces problématiques sont trop souvent éludées ; les négliger c’est pousser les gens dans des situations de stress ; ce qui n’est pas dans l’ intérêt de l ’ entreprise ou de l ’organisation. Ce sont au final les employés et par extension les organisations qui en paient les frais, mais aussi la communauté qui en subit les conséquences.

Il faut que ce message pénètre dans les entreprises, et ce à tous les niveaux hiérarchiques. Il faut certes relancer les campagnes de sensibilisation. Mais les posters ou spots dans les médias ne suffisent pas. Il faut aller dans les entreprises, pour former et informer. C’est aussi un sujet de dialogue social dans les entreprises.

Qu’en est-il de l’indice du bien-être ? Comment s’intègre-t-il dans ce plan ?

Cet indicateur du bien-être et de la qualité du travail élaboré par l ’ Université du Luxembourg, en collaboration avec la Chambre des salariés, est, je crois, une bonne démarche. A ce sujet, je compte me baser sur ces indices précisément dans le cadre des sensibilisations des entreprises. Ils constituent un véritable instrument de travail, qui offre un bon tableau de l’état de la santé et de la sécurité au travail.

Ces indices reflètent aussi la perception du travail par les salariés… Et là, il ne faut pas se leurrer, un salarié malheureux n’est pas productif. C’est donc un constat. Mais cela nous permet aussi de voir comment on peut améliorer la situation.

Il appartient aux entreprises de mettre tout cela en oeuvre, avec les appuis que nous pouvons leur fournir. Sur ce sujet, l ’ État doit être un incitateur, pour que les choses changent. Il y a donc là une base intéressante qu’il faut utiliser, déployer et continuer à développer.

Interview par Marc Auxenfants. Expert in Communication @ MindForest