Article – Innovation participative : l’innovation est dans la boîte

Article

Innovation participative : l’innovation est dans la boîte

Auteur(s)

Christelle Mescolini

Consultante MindForest

« Laissez la porte ouverte aux initiatives dans l’entreprise. » Tel est le leitmotiv d’une démarche d’innovation participative. Plus qu’un simple concept managérial à la mode, l’innovation participative fait ses preuves depuis une quinzaine d’années. Adoptée par la plupart des grands groupes (Toyota, EDF, McDonald’s, L’Oréal, etc.), les PME et les collectivités locales s’y intéressent aujourd’hui à leur tour. En effet, la démarche a de quoi séduire tant ses atouts sont nombreux et fournissent des réponses à des problématiques actuelles : survivre dans un environnement hautement concurrentiel, fidéliser ses salariés, réduire ses dépenses… Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Renault aurait ainsi économisé 50 millions d’euros en 2007 grâce à son dispositif d’innovation participative ; Air France 6 millions d’euros. Mais au-delà de ces chiffres prometteurs, que recouvre exactement cette notion ?

Basée sur le principe simple que chaque salarié peut être source d’innovation pour l’entreprise, l’innovation participative est une démarche structurée qui consiste à stimuler la créativité, à faciliter l’émergence, la mise en oeuvre et la diffusion des idées surgissant à tous les niveaux de l’entreprise. Son but : trouver des bonnes pratiques, des idées à fort potentiel. Toutes les facettes de l’activité de l’entreprise sont ainsi concernées : optimisation d’un procédé, amélioration des conditions de travail… Michelin fut précurseur en la matière dès les années 1930, mais ce n’est qu’à partir des années 80, avec l’essor des démarches qualité, que la notion s’est propagée réellement, d’abord au sein des firmes industrielles, puis au sein des entreprises de service et du secteur bancaire dans les années 2000.

Les dispositifs mis en place peuvent prendre des formes variées, du plus simple au plus sophistiqué : de la boîte à suggestions, en passant par les concours et l’usage des technologies 2.0, telles que les wikis par exemple, qui permettent d’effectuer un suivi de l’idée jusqu’à son implémentation. Les salariés ont le choix soit de déposer leurs idées de façon spontanée soit lors de challenges sur des thématiques précises (les économies d’énergie, la mobilité interne…)

Un nouveau moyen pour encourager la culture de l’innovation et la collaboration : le hackathon. Le principe consiste à « enfermer » de petites équipes d’informaticiens volontaires pendant 1 à 2 jours pour les faire brainstormer sur des projets qui sortent du cadre. Au final, les équipes présentent leurs prototypes et un prix est remis aux vainqueurs. Innover avec des contraintes de temps lorsque les collaborateurs sont volontaires introduit un stress positif qui développe la productivité, renforce la collaboration et stimule l’apprentissage.

Mais plus que l’outillage, c’est la démarche qui importe, ainsi que la mise en place d’un environnement favorable au dépôt d’idées. Par exemple, si le nombre moyen d’idées déposées annuellement par un salarié de Renault est de 5 à 6, il n’est plus que de 0,4 chez Accor.  Quelles sont donc les conditions pour réussir une telle démarche ?

Sept conditions majeures sont énoncées par les praticiens :

  • Le sponsoring de la Direction ;
  • L’implication des managers directs ;
  • La création d’un climat de confiance avec les salariés et les partenaires sociaux ;
  • Un processus clair de sélection des idées ;
  • Un traitement simple et rapide des idées ;
  • Une valorisation des idées (chèque-cadeau, participation à une conférence, reconnaissance publique de la Direction pour les meilleures idées…) ;
  • La communication sur les apports et les gains du dispositif.

L’innovation participative demande donc quelques ressources, mais l’investissement en vaut la peine, car, outre les économies engendrées, les salariés concernés se sentent valorisés, reconnus pour leur expertise propre, engagés pour toutes leur entreprise et donc tout simplement motivés. Ainsi, pour 93% des salariés, l’innovation affichée comme priorité augmente la satisfaction au travail (Etude Innov’Acteurs/Inergie – oct. 2011).

Pour autant, faut-il considérer l’innovation participative comme la panacée pour toutes les entreprises ? En effet, les risques de dérives, de construction « d’usines à gaz », sont élevés. Sans une démarche rigoureuse, soutenue, et disposant de ressources, le projet ne peut être mené à bien et la déception des salariés sera d’autant plus importante. La clé du succès repose donc sur un réel effort de communication et de promotion de la démarche, au quotidien.

Lorsque l’on sait que 76 % des actifs souhaiteraient que leur entreprise les incite davantage à innover au quotidien (enquête Talents et innovation, nov. 2012) et que les entreprises sont à la recherche de nouveaux équilibres sociaux internes, les démarches d’innovation participative semblent avoir de beaux jours devant elles.